Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

La Légende de Drizzt: D'Ombre Terre à la Surface.

Publié le par Senior Rôliste

Tout rôliste qui a connu Donjons et dragons à la fin des années 80 connaît bien évidemment cette série de romans épique (régulièrement best seller du New York Times), débutée en 1988 par R. A. Salvatore et dont le personnage principal est un elfe noir, Drizzt Do'Urden, qui a rompu avec son peuple et ses traditions violentes.

Né dans la cité souterraine de Menzoberranzan, Drizzt est le troisième fils de la noble famille Do'Urden, une position qui aurait dû lui valoir d'être offert en sacrifice à la déesse Lolth, dit la Reine Araignée, comme le veut la coutume. Mais la mort "providentielle" de son frère aîné au même moment le ravale au rang de deuxième fils et l'exclut de fait de ce sort funeste.

Vivant sous le joug d'un matriarcat tyrannique qui se veut bâti à l'image de leur déesse, les hommes - péjorativement appelés "mâles" - voient leur avenir décidé par leur "Matrone" qui s'assure ainsi de mettre à profit tous les membres de la famille afin qu'ils servent au mieux de leurs capacités et selon son bon vouloir.

Les femmes, elles, peuvent accéder aux plus hautes fonctions dans le clergé dévoué à la déesse et se retrouvent ainsi investies d'un pouvoir et d'une autorité leur donnant droit de vie et de mort à quiconque les contredirait ou se montrerait désobéissant. 

C'est dans un monde où il naît inférieur que Drizzt va grandir, et auquel il lui sera inculqué les grands principes de la culture de son peuple. D'abord destiné à devenir praticien des arcanes magiques, le maître d'armes de la maison, Zaknafein Do'Urden, révèle à la Matrone l'adresse extraordinaire de Drizzt et sa prédisposition pour devenir un guerrier de sa trempe. 

Drizzt se retrouve aux bons soins du maître d'armes qui parfait sa maîtrise des lames et en fait un guerrier excellant dans tous les domaines sauf celui de la cruauté, au grand désarroi de sa mère qui désire en faire un tueur parfait sans états d'âmes. 

Les tentatives d'étouffer dans le coeur du jeune noble ses sentiments de compassion échouent, conduisant Matrone Do'Urden dont la seule obsession est de propulser sa famille dans les plus hautes sphères du pouvoir, à faire le choix de sacrifier son fils à la déesse dont elle croit perdre les faveurs en raison de l'hérésie de celui ci.  

Pour ce dernier, c'est alors le point de rupture. Reniant avec véhémence la déesse Lolth et sa famille aveuglée dans son culte de haine et de rage sanguinaire, Drizzt fuit la cité et commence pour le jeune elfe noir un voyage en quête d'un foyer en accord avec son coeur.

Ce voyage qui le mènera au "monde de la surface" - qui fait référence aux Royaumes Oubliés imaginés par Ed Greenwood - s'étend sur 3 livres: Terre Natale, Terre d'Exil, Terre Promise et qui couvrira une période commençant par ses balbutiements à Menzoberranzan à son départ dans l'Ombre terre - le monde souterrain ou subsistent les elfes noirs - jusqu'à son arrivée à la surface où Drizzt se cherchera une place parmi les races y vivant: humains, elfes et nains.

Fuyant sa ville natale et sa relative sécurité pour un dédale souterrain, c'est d'abord dans ce monde hostile empli de prédateurs que Drizzt apprendra à développer ses sens pour survivre des années durant, au point de devenir un véritable animal à l'instinct exacerbé et dont l'humanité s'enfouit plus profondément en son coeur à mesure qu'il passe des années entières dans la solitude. 

Puis c'est au hasard d'une rencontre avec une autre civilisation d'Ombre Terre - d'usage harcelée par son peuple - que Drizzt reprend espoir de trouver un foyer, et c'est aussi là qu'il connaît sa première véritable amitié. Hélas, bientôt les ambitions de sa famille le rattrapent et le poussent à fuir plus loin, renonçant de fait à ses rêves de s'établir parmi ses nouveaux amis, et renforçant sa résolution à fuir l'Ombre Terre pour le monde de la surface, là où la folie vengeresse de ses semblables ne pourra l'atteindre..

Mais le monde de la surface est loin d'être le paradis recherché, les elfes noirs ayant construit et entretenu une sinistre réputation, Drizzt ne rencontre qu'hostilité et crainte, considéré par les habitants de la surface comme l'un de ces sinistres cousins qu'il a renié. La quête d'un foyer le conduit à fuir plus loin vers le grand Nord, où le froid et l'environnement hostile pourront peut être le préserver et lui permettre de vivre un semblant de paix...

Au travers de cette trilogie, nous découvrons un jeune elfe noir dont le coeur bat de cette compassion originelle qui naît avec tout jeune enfant, et qui, au contraire de la majorité de ses congénères, demeure hermétique à toute la propagande et au lavage de cerveau destinés à la supplanter par la traîtrise, la cruauté et l'ambition - seules qualités pouvant faire prévaloir un peuple de sa supériorité sur les autres aux yeux de la culture elfe noire. 

C'est aussi et surtout l'histoire d'un être singulier qui décide de vivre selon ses convictions, doté d'un sens de la justice fort et qui voit dans les coutumes de sa famille une abomination dont il veut se départir.

La société elfe noire, à la morale répréhensible, trouve sa justification dans des préceptes religieux fanatiques et place le jeune Drizzt dans la perspective d'une société qui s'oppose en tout point à ce qu'il est, d'où la révolte la plus extrême qui va jusqu'à rejeter la mère qui l'a enfanté, mais dont les actes de cette dernière, rappelons le, visaient à faire de son fils un outil destiné à servir ses seules ambitions, légitimant à nos yeux ainsi une rupture qui sauve son être d'une aliénation totale. 

On prend conscience également que Drizzt vit depuis sa naissance dans la solitude. Sauvé in extremis d'un sacrifice barbare, il est remis entre les mains de sa soeur Vierna qui l'éduque durement à coups de fouets, puis il est remis entre les mains du maître d'armes qui ne lui révèle que bien plus tard qu'il est son père, sans jamais être pris en charge par sa mère qui ne s'enquit que de ses progrès dans ses capacités à tuer. 

Drizzt est seul et choisit malgré cela de suivre son coeur quitte à en payer un prix fort.

Quand Zaknafein lui avoue être son père et lui témoigne sa fierté, et avec une émotion rare chez un elfe noir, de voir l'être bon qu'il est resté malgré les pressions de la société, c'est un espoir nouveau qui donne raison à ses convictions. Mais un bien maigre espoir qui lui est enlevé peu de temps après par sa mère qui offre Zaknafein -à sa demande- à la déesse sur la table sacrificielle pour lui sauver la vie... Comment ne pas vouloir fuir ?

Une très belle série qui peut être lue dès l'âge de 11-12 ans pour les premiers ouvrages, beaucoup de ce que vit Drizzt, ses états d'âmes, ses doutes et son sentiment de solitude peuvent résonner particulièrement chez de jeunes adolescents. Ecrit d'une belle plume (et bien traduite!), rempli de moments intenses et qui tisse dans nos coeurs un attachement fort pour ce personnage qui perdure même des années après et qui nous inspire. 

L'auteur vient d'ailleurs de conclure (vraiment ?) la série avec son 33ème livre cette année et est encore suivi par les fans de la première heure.

Une série qui fait également partie intégrante de la riche fiction de Donjons et Dragons et qui a contribué à romancer son évolution de 1988 à nos jours. Si vous êtes un initié de donjons et dragons et souhaitez connaître certains recoins de son monde dans un cadre romancé, cette série est pour vous.

Commenter cet article