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La Maison des Damnés: Là où un Enfer intime s'éveille à chacun

Publié le par Senior Rôliste

Richard Matheson, sommité du fantastique (Je suis une légende, L'homme qui rétrécit, la 4ème Dimension, la 5ème dimension etc..), écrit ce roman en 1971 mettant en scène une équipe de 4 personnes mandatées par un milliardaire mourant d'enquêter sur l'existence d'une vie après la mort en séjournant dans une maison réputée la plus hantée des Etats Unis.

Ladite maison, la maison Belasco, est surnommée la maison des damnés en raison des actes barbares et blasphématoires qui s'y sont déroulés il y a plusieurs décennies sous la houlette d'Emeric Belasco, un riche homme excentrique. 

William Reinhardt Deutsch, sentant sa fin proche, est obsédé par le désir de savoir si l'existence se poursuit après la mort physique, et demande à un physicien passionné de parapsychologie, le Dr. Barrett et sa femme, et deux médiums, Florence Tanner et Benjamin Franklin Fischer, de trouver réponse à sa question en enquêtant dans la demeure qui fut déjà le sujet d'études similaires dans le passé et qui ont toutes finies mal. Voire très mal. 

La maison Belasco se transforme en un laboratoire d'expérience où deux courants de pensées majeurs débattent sur leur interprétation des évènements qui secouent la maison. Un débat d'un niveau qui aujourd'hui encore départage ces grands courants de pensée: les manifestations dites spirituelles sont-elles la manifestation d'un "esprit" encore "présent", réminiscences d'émotions, d'attachements encore irrésolus du vivant qui demeurent à cheval entre le monde physique et spirituel et qui a besoin d'aide pour trouver la paix ? Ou s'agit-il de "particules" sensibles au talent des médiums et qui ne correspondent qu'à un écho de ce qui a été vécu dans cette maison et qui au contact de ces dits médiums leur permet d'agir inconsciemment sur le monde physique pour créer ces phénomènes d'esprits frappeurs ?

On en vient presque à espérer que la discussion qui s'ouvre lors d'un premier dîner dans la maison avec ces convives aux convictions diamétralement opposés va répondre à cette grande question métaphysique. Le Dr. Barrett, trouvant explication rationnelle à tout, écarte avec condescendance les arguments de Florence Tanner, plus sensible et persuadée qu'elle est un instrument de Dieu pour apaiser les souffrances de l'esprit qui agite la maison. Entre les deux Fischer, qui a frôlé la mort dans cette même maison il y a 30 ans lors d'une expérience similaire, brille par sa passivité et son silence,  encore rongé par le traumatisme résonnant de son passé entre ces murs. Et enfin la femme du Dr. Barrett, flétrie malgré son âge peu avancé, dévouée à son mari qui fut rongé par une longue maladie (la poliomyélite) et qui a sacrifié ses rêves d'épouse, de future mère et d'amante, et au comportement mêlé d'admiration et d'inquiétude maladive pour son époux. 

Le récit du livre est cadencé en tranche horaires, où progressivement la maison va "s'éveiller" aux sollicitations pressantes des acteurs. Le rythme est progressif et construit de façon à donner au lecteur un suivi contrôlé de ce qui se passe, du moins dans la première partie.

Chacun des protagonistes (antagonistes dans leurs convictions!) va y mettre du sien pour prouver la véracité de ses certitudes.

Et arrive la deuxième partie, où toute certitude s'effondre et les deux théories sont renvoyées dos à dos. La médium devient progressivement possédée par le contraire de ce qu'elle incarnait, et l'horreur monte en crescendo. L'épouse de Mme Barrett, est soudainement envahie par un désir de chair oppressant qu'elle avait enfoui dans son subconscient pour se consacrer à la maladie de son époux. Fischer ressent des signes qu'il ne connaît que trop bien alors que le souvenir de ce qu'il a vécu antérieurement s'éveille à nouveau à lui. 

La maison qui fut le siège de soirées de débauches cabalistiques s'immisce dans l'esprit des occupants comme pour rejouer ces scènes macabres avec ces nouveaux acteurs. C'est une folie subtile qui s'exprime différemment chez les personnages, alors que le Dr. Barrett qui semble "immunisé" derrière un mur de rationalité qui l'enfonce dans sa propre folie à part se manifestant par un déni et une assurance dans ses convictions inébranlables, alors que les évènements prennent une tournure sanglante et tragique autour de lui, avec une description d'une crudité malsaine.

On ne sait plus, y a t-il un esprit diabolique qui agresse les personnages? La maison exerce t-elle une influence sur eux ? Provoque t-elle la rupture d'un barrage mental ? Comment en arrive t-on là ?

C'est à vous de voir si vous osez franchir le pas de la porte..

On doute, on n'est sûr de rien et c'est ce qui donne à la maison des damnés ce cachet bien particulier. J'ai lu ce livre il y a un an et son souvenir résonne encore dans mon esprit.

Une histoire qui a très certainement servie et peut encore servir à nombre de scénarios pour des jeux de rôle horrifiques tels que l'Appel de Cthulhu ou Maléfices.

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