Blog sur le JDR, la littérature fantastique, des portraits de rôlistes, par un rôliste français vivant au Japon
1 Août 2026
Episode précédent: Le goût de la proie
Se présentant en brandissant un badge officiel, Pascal Cournac est invité à entrer. Après avoir posé quelques questions aux trois propriétaires du gîte, il sort une fiole d'huile essentielle qui, quelques minutes plus tard, provoque d'inattendues, et violentes réactions chez Laurent et Nicolas.
L'aconit a parlé.
Prétextant un interrogatoire de confirmation concernant la mort des deux tueurs en série, Pascal dévoile son jeu.
Il se présente comme un membre des Luparis, une organisation gouvernementale chargée de la gestion des êtres surnaturels.
Il leur explique qu'ils sont tenus de s'enregistrer et de se mettre à la disposition de l'organisation quand bon leur semblera.
En échange ? Le droit de vivre et de rester sur leurs terres.
Rien de plus.
- Ni hommes, ni animaux, les neuris comme vous sont des anomalies qu'il faut gérer intelligemment.
Il leur remet un formulaire à remplir et à renvoyer par la poste dans un délai de vingt-quatre heures.
La meute tient conseil. Les alternatives sont claires : rester et subir, ou quitter la région et vivre en fuite perpétuelle. Roméo opte pour approcher la meute de Saugues afin d'en apprendre davantage.
Nicolas, comprenant que les Luparis les surveilleront par tous les moyens possibles, propose d'utiliser des burners pour communiquer plutôt que leurs téléphones habituels, ainsi que des balises GPS afin de connaître la position de chacun.
Laure, dans un état semi-comateux, s'éveille et rejoint les trois neuris.
Laurent lui propose de l'emmener à l'hôpital.
En route, elle reçoit un appel de Cournac qui l'invite à le rejoindre dans le bureau de la commandante Truchot.
Laure et Laurent se quittent, non sans échanger, pudiquement, un geste de tendresse.
***
Pendant ce temps, Roméo retrouve Jean Mathieu, chef de la meute de Saugues, à un arrêt de bus, plus loin, qui lui confirme ses soupçons au sujet des Luparis : une organisation fonctionnant en dehors de toute contrainte légale et constitutionnelle, mais dotée d'une hiérarchie solidement intégrée aux rouages de l'État.
Il apprend également de la bouche de Jean Mathieu que les Luparis sont capables de tout. Simples chasseurs de neuris à l'origine, ils disposent de moyens d'extermination d'une efficacité redoutable.
Pour les neuris, une seul choix: se plier et s'écraser pour survivre. Après tout, le territoire de chasse est préservé, tout comme la survie de l'espèce.
Quant aux missions confiées par les Luparis, Jean Mathieu lui apprend qu'elles concernent souvent d'autres âmes doubles... parfois même des humains.
Laurent, passé chez le vétérinaire pour récupérer son chien blessé la veille par Frédéric Ustache, ramène l'animal avec lui. Dehors, la neige tombe en abondance, portée en trombe par la burle, limitant la visibilité à moins de cinq mètres.
Une heure plus tard, Nicolas revient lui aussi au gîte. Il trouve une enveloppe glissée sous la porte.
À l'intérieur, une phrase étrange, écrite à la main :
« Vous chassez bien, mais vous ne savez pas protéger ceux que vous aimez. »
Perplexe, Nicolas n'y prête guère attention. Laurent, lui, est nerveux. Au retour de Roméo, les deux autres lui montrent le mot, sans véritablement se sentir concernés.
- Si on devait s'inquiéter chaque fois qu'on reçoit un message énigmatique... dit Nicolas en retournant dans la cuisine.
Laure appelle Laurent. Elle lui annonce qu'elle vient d'être promue brigadier-chef grâce aux bons mots de Cournac. Elle lui apprend aussi que celui-ci, l'ayant prise à part, sait tout. Qu'il sait qu'elle sait. Et qu'elle devra désormais surveiller les neuris.
Le prix de sa promotion éclair.
Elle lui indique également qu'elle va passer son entretien avec le psychiatre et qu'elle en aura pour environ une heure.
- Tu pourras venir me chercher quand j'aurai fini ?
- Évidemment, répond Laurent.
Elle avait appelé. Tout allait bien.
Une heure plus tard, nouvel appel de Laure. La séance est terminée. Elle l'attend devant la pharmacie.
Roméo, scrutant le formulaire laissé par Cournac, dit à Nicolas :
- On postera ça demain, juste avant l'expiration du délai.
Laurent descend chercher Laure, mais la route est encombrée par la neige et la visibilité est très mauvaise. Il lui faut près d'une heure pour atteindre le village.
Devant la pharmacie, pas de Laure.
Il l'appelle.
Aucune réponse.
Il entre dans la pharmacie. Le pharmacien affirme l'avoir vue il y a environ une heure, mais elle est repartie depuis.
Laurent s'agite. Il hume l'air, puis le sol, et retrouve l'odeur de Laure.
Il remonte la piste.
Une poubelle.
À l'intérieur, un sac contenant les affaires de Laure. Son téléphone portable.
La piste se poursuit sur le trottoir, tourne dans une rue à gauche...
Puis plus rien.
Seules subsistent des traces de pneus qui se mêlent bientôt aux autres empreintes de la place centrale.
Disparue.
Le téléphone de Laure vibre.
Un unique message.
« Décroche. »
Le téléphone sonne.
À l'autre bout, une voix grave et déformée.
- On va jouer ensemble. Le jeu commence demain matin.
L'inconnu raccroche.
Laurent sent le loup s'éveiller brutalement en lui. Il hume l'air, commence à grogner. En plein milieu du village, il doit s'éloigner au plus vite.
Il contacte Roméo et Nicolas, mais ceux-ci sont absents.
Pendant que Laurent descendait en ville, ils étaient allés prévenir Jacques Vigouroux, le neuri félin, de l'intrusion des Luparis dans leur vie.
Puis ils ont pris la route vers le sud afin de prévenir la vouivre, qu'ils n'avaient encore jamais rencontrée.
En approchant de son chalet en forme de loup, une femme à la beauté renversante leur ouvre la porte et les invite à entrer.
Elle leur lance deux couvertures. Ils reprennent leur apparence humaine, mais demeurent entièrement nus. Ils dissimulent tant bien que mal leur nudité.
Le dialogue s'engage.
Pour Nicolas, pourtant, la conversation n'a que peu de sens. Le regard reptilien de la magnifique vouivre le subjugue. Il s'abandonne au spectacle lascif de cette beauté.
Roméo, maître de lui, la prévient à son tour de l'intrusion des Luparis et lui assure qu'elle ne sera pas dénoncée, tant que leurs relations resteront cordiales et que personne ne marchera sur les plates-bandes de l'autre.
Eva, la vouivre, acquiesce avec un certain soulagement, tout en lançant plusieurs regards vers Nicolas, dont la turgescence entre les jambes trahit la totale fascination qu'exerce sur lui la belle créature.
Les deux neuris repartent. Nicolas, lui, conserve une excellente impression d'Eva et espère bien la revoir très bientôt.
Le message de Laurent reste longtemps sans réponse.
Le neuri ne tient plus.
Il s'éloigne de la ville, gare sa voiture, se déshabille et laisse le loup prendre le contrôle pour s'abandonner à la nature.
Il cherche une proie, n'importe laquelle, pour assouvir l'inquiétude, la colère et la rage qui l'habitent.
Laure a été kidnappée.
Il n'y a plus de doute.
Plus tard, Roméo et Nicolas, eux aussi sous forme lupine, le retrouvent.
Ils le ramènent au gîte et attendent le matin, où « le jeu » doit commencer, selon les paroles de l'énigmatique ravisseur.
Vers cinq heures du matin, une voiture se présente.
Un homme d'une quarantaine d'années en descend.
Les neuris vont à sa rencontre.
Il leur explique qu'il doit les emmener quelque part, sans savoir où. Le ravisseur a kidnappé sa fille.
Le visage marqué par la détresse, il les supplie de le suivre, leur montrant la caméra fixée sur le col de son manteau.
Ils sont observés.
Et écoutés.
Ils suivent l'homme. Nicolas prend avec lui son fusil de chasse, qu'il dissimule sous son manteau.
Durant le trajet, le conducteur est guidé par le ravisseur au moyen d'une oreillette.
Roméo lui demande de passer devant la poste avant de rejoindre le lieu indiqué.
L'homme refuse.
Le ravisseur le lui interdit.
- Tu m'amènes devant une poste ou je te colle un pain dans la gueule, c'est clair ? Tu passes devant cette putain de poste, et après on va où l'autre connard te dira.
L'homme résiste, terrorisé à l'idée de condamner sa fille.
Roméo arrache alors l'oreillette et s'adresse directement au ravisseur.
- Ici, c'est moi qui contrôle. Tu fais ce que je te dis ou tu ne reverras jamais ta petite pute.
Roméo, en véritable Alpha, refuse de céder.
- Je passe déposer un truc à la poste, et après on va où tu dis, connard.
Le ravisseur coupe la communication.
Le conducteur panique.
Ils viennent de perdre le seul lien qui garantissait encore la survie de sa fille.