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Jeu de rôle: le Partage pour Tous!

Publié le par Senior Rôliste

Le jeu de rôle, plus qu'un simple jeu, est un partage. Mes précédents écrits vous auront déjà donné le ton sur l'importance de partager cette belle passion, qui débute souvent dans le cercle familial, puis s'étend naturellement au cercle des amis.

Et il y a le monde associatif, où ces mêmes passionnés étendent ce partage au delà des limites de ce que l'on connaît. Ayant été initié moi même au jeu de rôle dans le cadre d'un cercle d'amis, porte d'entrée classique, ma connaissance des associations rôlistes n'a jamais dépassé l'impression de surface d'un regroupement d'amis pour jouer dans des locaux municipaux. (ignare!)

C'est à l'occasion d'un échange sur Instagram, que j'apprends qu'une association organise des séances de jeu de rôle pour des adolescents en dépression, dans un hôpital psychiatrique. Une volonté de partager au delà de sa zone de confort pour des gens qui sont en souffrance, sans doute le plus beau témoignage d'une passion vraie et d'une bienveillance émouvante. 

Rendez vous est pris avec Benjamin Consol, président de l'Antre des Gredins, une association dédiée à la promotion du jeu de rôle, pour une discussion détendue et transparente.

Benjamin a été mis en contact avec le jeu de rôle très jeune, via ses frères aînés qui le pratiquaient assidument. Petit, il les suivait, les observait, lançait les dés pour eux; les graines d'une fascination, d'un intérêt, nourri très jeune au contact des dés de 20. C'est à 16 ans qu'il prend sa place comme joueur à part entière. Commence ainsi une odyssée de découverte, l'exploration, l'expérimentation des multiples univers, insatiable, comme nous tous un peu d'ailleurs, car le parcours de l'initié s'accompagne d'une faim nouvelle pour l'imaginaire qui peine à trouver son content. 

"L'imaginaire a toujours eu une place importante dans ma vie, et je ne me suis jamais ennuyé. J'ai toujours trouvé quelque chose à faire, à inventer". 

Après une période intense, s'ensuit une traversée du désert où le jeu de rôle devient moins fréquent. Puis c'est le rebond, Benjamin y revient en s'investissant dans le milieu associatif dans l'Antre des Gredins (lien), et y approfondit sa pratique via de nouvelles façons de jouer, d'outils tels que la narration partagée, des outils de "sécurité émotionnelle" comme les X cards (lien), les voiles et surtout "jouer avec des gens que tu ne connais pas, qui ne sont pas encore tes amis; cela m'a appris beaucoup sur moi même" et sur "comment se permettre de jouer des personnages fictifs face à des gens réels" qui ne font pas encore partie de notre zone de confort. 

L'imagination, la créativité ne se renouvellent que par la diversité, celle là même qui provient de ces outils et de ceux qui y participent. Longtemps l'image d'asocial, de marginal, a collé à la peau des rôlistes, une idée en flagrante contradiction avec l'esprit d'ouverture et de diversité, et qui, si elle a court encore, est destinée à disparaître complètement tant le jeu de rôle n'en est plus à sa période de "dédiabolisation" mais bien à son ère de "démocratisation".

Et avec la démocratisation, vient ce partage aux autres, ceux que l'on ne connaît pas, que l'on ne voit pas, auxquels on ne pense pas forcément et qui, surtout, ne connaissent pas le jeu de rôle. 

Mais d'où vient cette envie de partager ?

Pour Benjamin, c'est l'enrichissement humain de rencontrer, découvrir de nouvelles personnes, des personnes qui sortent de l'ordinaire, mais surtout, ces quelques mots qui nous en disent davantage sur le coeur de cette motivation :"J'aimerais que tout le monde puisse vivre cela, voir à quel point c'est beau de partager une aventure avec des amis ou même des inconnus. Cela te permet d'en apprendre beaucoup sur toi même, de mieux te connaître. Les expériences que vivent nos personnages, on les acquiert quelque part. Si on est timide et introverti, le jeu de rôle est clairement une solution".

"Prêcher" le jeu de rôle à ceux qui n'en ont pas la connaissance, ni même une once d'idée, pour leur permettre de s'évader, de donner à l'imaginaire une opportunité d'éveil pour, même quelques heures, vivre autre chose de plus grisant, de moins gris que leur quotidien.

L'Antre des Gredins se concentre sur 4 axes principaux: le club en soi qui réunit les membres pour jouer, l'évènementiel au sein des conventions dédiées et les bars à jeux, les ateliers destinés à aider les joueurs et MJ sur des thématiques diverses (comment créer un donjon, comment apprendre à mettre une ambiance sonore dans une partie etc...), et le social qui vise à amener le jeu de rôle là où il peut avoir un intérêt: Benjamin me parle du milieu carcéral, des maisons de retraites, des hôpitaux psychiatriques, des Maisons des jeunes et de la culture pour étendre ce partage et offrir, selon les cas, l'opportunité d'une évasion, ou la découverte d'un loisir extraordinaire, mais dans son tout, faire connaître la beauté de l'expérience.

Une expérience qui peut être déterminante sur le mental et la santé en général. On se remémore ainsi cette histoire d'un fils dont la mère, mourant du cancer, lui fit découvrir le jeu de rôle pour l'aider à s'évader de son quotidien, et qui la fit vivre plus longtemps que les pronostics médicaux. Avéré ou affabulé ? Ce qui compte c'est le bonheur vrai de cette maman auquel son fils lui a fait don d'un cadeau inestimable pour les derniers mois de sa vie. 

"Avec l'imaginaire, on vit, on s'évade, on est plus limité par notre corps et ses faiblesses".

Benjamin Consol

Et depuis Novembre 2020, l'Antre des Gredins a passé les portes de l'hôpital psychiatrique du Vinatier, à Bron, pour y pourvoir des séances de jeu de rôle pour des adolescent(e)s en dépression. 3 fois par mois, des MJ bénévoles se rendent à l'hôpital pour animer des séances d'une heure et demie, une mini campagne qui prendra fin à l'issue des trois sessions. En compagnie de 2-3 adolescents, ainsi qu'un ou deux infirmiers qui se joignent à la table en tant que joueur.

Les retours sont très bons, les adolescents apprécient et l'optique d'une extension de ces activités à d'autres unités de l'institut médical sont désormais prises en considération. Après chaque séance les joueurs sont observés dans le temps pour savoir comment l'expérience est digérée et l'impact sur leur comportement qui peut influer sur l'évolution de leur souffrance. 

Novatrice, la compréhension de l'impact de cette expérience pourrait connaître un affinement dans son analyse avec l'intégration de psychologues durant les séances et l'après. Un approfondissement qui apportera de nouvelles lumières sur les bienfaits de notre loisir via un spectre scientifique.

"Le but est de les faire s'évader, par l'esprit, de leur réalité maussade". 

Les types de jeu proposés, épurés en termes de règles pour aller directement à l'essentiel, restent à la discrétion du MJ bénévole et donne à ces joueurs particuliers, souvent dans une situation où ils ne se sentent pas écoutés, l'occasion d'être au centre des choses, de contribuer à quelque chose.

Mais il est important de préciser que, malgré toute la bonne volonté d'apporter une nouvelle expérience à ces jeunes,"tout MJ ne peut pas faire ça. Il faut savoir se montrer empathique, savoir être attentif à leur réaction et également savoir improviser car on peut être amené à faire face à une phase de fragilité de la part de ces joueurs".

Le travail d'un MJ, quel que soit le cadre d'ailleurs, demande beaucoup d'investissement, et mener des parties de jeu de rôle pour des joueurs comme ceux de l'hôpital du Vinatier apporte de surcroît une charge émotionnelle supplémentaire non négligeable.

Conduite dans le cadre d'une convention payante avec l'hôpital, cette collaboration avec un institut public pose t-elle une première pierre vers la professionnalisation du MJ ? Car en vérité Il ne s'agit ni totalement de bénévolat ni véritablement de professionnalisation. "Bizarrement si on fait ça bénévolement, on est pas pris au sérieux. Mais lorsqu'on dit que nos séances ont un coût, on nous prend au sérieux."

La rémunération du MJ est un débat qui agite beaucoup la communauté ces derniers mois, à la question simple "faut il faire payer les séances?", Benjamin me répond "Dans le cadre d'institutions publiques où il y a un enjeu derrière, en ce qui me concerne oui il faut faire payer."

Précisons que dans ce cas précis la rémunération du MJ n'est pas réelle, étant conduite dans le cadre de l'association, c'est celle ci qui est, de fait, rémunérée.

Il convient également de prendre conscience du travail apporté par ces MJ: la préparation des séances, l'animation, la charge émotionnelle, l'empiétement sur le temps de travail (nécessité de prendre des congés pour mener les séances) et leur temps libre, sans rémunération directe.

Il faut une motivation hors normes pour donner un tel investissement, "simplement"- dirait le profane qui lirait ces lignes- pour partager cette passion, une motivation animée par un altruisme et une bienveillance qui fait toute la noblesse du rôliste, mais également un amour certain et authentique pour le jeu de rôle.

Altruisme, bienveillance, tolérance, partage, sont les qualités essentielles qui font un rôliste selon mon coeur. Je salue à titre personnel Benjamin et les MJ de l'Antre des Gredins qui s'investissent dans ce beau projet, un premier pas vers une démocratisation qui fera découvrir les bienfaits du jeu de rôle dans toutes les sphères et le propulsera au titre légitime, pour citer Alexandre Astier lors de son interview avec Captain PopCorn (lien à 9:18) de "plus beau jeu du monde". 

Merci à toi Benjamin pour cet échange motivant!

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