Blog sur le JDR, la littérature fantastique, des portraits de rôlistes, par un rôliste français vivant au Japon
17 Novembre 2025
Au coeur de la région du Gévaudan, au sud- est de Saugues, vit une communauté dont personne ne soupçonne l'existence.
Une meute.
Ils vivent comme tout le monde, et pourtant autrement: travail de la ferme, brasserie, accueil de voyageurs dans un gîte perdu entre les collines.
Des hommes habités par l'esprit du loup, liés à la terre comme à la nuit, et dont l'existence, aussi discrète que leur territoire est vaste, s'entrelace avec l'histoire, la nature et des créatures que l'on croit d'un autre monde.
La meute élève des chèvres dans des prairies reculées. De leur lait naissent des fromages crémeux, au goût franc et sauvage, ainsi qu'un lait réputé dans toute la vallée. Ce savoir-faire est le pilier de leur subsistance.
Mais ils ne sont pas seulement fermiers: ils sont aussi les brasseurs de la Bière du Loup, une boisson robuste, forgée par l'environnement âpre du Gévaudan. Et, les soirs de fête, ils partagent un alcool de verveine assez fort pour réveiller un mort.
Ils tiennent le gîte de la Bête, un havre pour randonneurs et curieux, où l'on vient chercher le calme...et parfois le frisson d'une histoire au coin du feu. Récits anciens, où la frontière entre réalité et légende se brouille volontiers.
La meute est dirigée par Roméo, l'Alpha, ancien cadre parisien qui a trouvé dans ces montagnes un sens, une famille, une nature qu'il ne soupçonnait pas.
Laurent, le brasseur, toujours accompagné de ses deux chiens loups, est guide de chasse touristique; nerveux et impulsif, sous sa peau, le loup brûle plus vite que les autres.
Et Nicolas, le fromager: c'est un passionné de légendes locales, charmeur involontaire et sensible sous ses airs calmes.
C'est dans ce cadre, entre travail quotidien, nature sauvage et instincts ancestraux, que commence leur histoire, au coeur de l'hiver.
AVERTISSEMENT: CONTENU SENSIBLE: VIOLENCE, MORT, AMBIANCE SOMBRE/THRILLER
Episode 1 - La Nuit du Cerf et du Feu
L'hiver avait recouvert le Gévaudan d'un manteau de neige épaisse. Les sapins ployaient sous le poids de la poudre blanche, s'effaçant dans le silence de la nuit. Au gîte, les trois Neuris vaquaient à leurs tâches, mais Roméo sentait déjà l'appel de la chasse.
Laurent se roulait dans la neige avec ses chiens-loups, surexcité comme un gosse. Nicolas lançait à l'Alpha des regards gorgés d'adrénaline. Oui, cette nuit, la meute sortirait.
Au milieu de la nuit, ils s'enfoncèrent dans la forêt, bordant le périmètre du gîte en contrebas.
Roméo avait déjà pris sa forme lupine; Nicolas et Laurent préférèrent se déshabiller entre les arbres enneigés, avant de laisser le loup prendre le contrôle.
Très vite, ils flairèrent deux pistes. Roméo sur un grand cerf, Laurent et Nicolas sur une biche.
La chasse fut brève, implacable, intense.
Roméo rattrapa le cerf, qui, digne jusqu'au bout, s'arrêta, épuisé, et fit face. Le loup tourna autour de lui, échangeant avec lui ce regard entendu, ce langage silencieux qui dit: le moment est venu.
Le cerf se laissa mordre. Son sang tiède se répandit sur la neige.
Roméo hurla, un cri qui résonna d'un versant à l'autre. Auquel Laurent et Nicolas répondirent, avant de le rejoindre pour partager le festin.
Mais la nuit n'avait pas dit son dernier mot.
Les chiens-loups se mirent soudain à gémir, nerveux, affolés. Une odeur étrange flottait dans l'air: chair brûlée. Gasoline. Une âcreté sucrée, écoeurante.
Laurent suivit la piste le premier et découvrit un cadavre calciné au fond d'un trou creusé à la va-vite: celui d'une jeune femme.
Une autre odeur, plus récente, dérivait encore dans la neige.
Un homme s'éloignait, un jerricane à la main.
Laurent remonta la piste, il sentait le stress de celui qui s'éloignait, excitant ses sens et sa soif de sang.
La meute l'avait encerclé.
Il tenta de parler au loup comme à un chien, puis sortit un briquet et un couteau. Mais en vain.
Nicolas surgit derrière lui et le mordit à la nuque, Laurent lui broya la main, et Roméo hésita: ils n'avaient jamais tué d'homme. Il fallait rester discrets.
Mais la soif de sang exacerbée de Laurent pris le dessus.
Et l'homme mourut.
De retour au gîte. Ils inspectèrent son portefeuille: Pierre D., de Toulouse, travaillant à l'AZF. Sa voiture, un break bleu marine, avait été cachée dans les environs.
La meute prit alors une décision difficile: faire disparaître les deux corps. Ils les enfermèrent dans des sacs de jute, lestés de pierre, et les jetèrent dans la Truyère. La voiture fut conduite plus au sud et incendiée.
Le lendemain, France 3 Région annonça la disparition d'une adolescente, Béatrice L., 15 ans, ainsi que la découverte d'une voiture brûlée sur une route locale.
Le soir venu, Laure, la gendarme habituée du gîte et l'une des rares humaines conscientes de leur nature, passa pour un contrôle...et un dîner bien arrosé. Après quelques verres de liqueur, les Neuris finirent par lui avouer la vérité sur leur découverte de la nuit dernière.
Long silence.
Puis Laure décida de les couvrir, mais exigea une chose: de remettre le corps de la jeune fille là où il devait être, pour que ses parents puissent la retrouver et faire leur deuil.
La meute acquiesça.
Et c'est ainsi que leur histoire commença réellement.