Blog sur le JDR, la littérature fantastique, des portraits de rôlistes, par un rôliste français vivant au Japon
5 Décembre 2025
Episode précédent: La Nuit du Cerf et du Feu.
La nuit, déjà courte, arrivait à son terme.
Laissant place à un soleil frileux, raturant la cime des arbres d'une teinte orangée.
Laurent s'était endormi sans tergiverser, tant la chasse l'avait rassasié, satisfait.
Roméo, lui, avait l'esprit préoccupé.
Ils avaient tué un homme, goûté à la chair humaine. C'était contre leurs règles.
L'alpha avait perdu le contrôle de ses loups, un bref instant.
Cela pouvait tout changer, ébranler tout ce qu'il avait construit pour garder la meute cachée.
Ayant difficilement fermé l'oeil, Roméo s'attelait à la routine matinale. Vérifier la machine à café. Passer un coup d'éponge sur les tables. Ranger cette bouteille de mirabelle vide qu'il avait descendu hier soir...
Il alluma la télévision, au moment où les informations régionales mentionnaient la disparition d'une adolescente depuis deux jours.
Le souvenir de la soirée, les corps plongés dans la Truyère, lui revinrent en images.
Il coupa le poste d'un geste nerveux, tentant de réprimer une soudaine colère montante.
Nicolas descendit à son tour, se servant un café chaud, dont l'arôme embaumait déjà le rez-de-chaussée.
Il jeta un bref regard vers Roméo, sans un mot, puis resta concentré sur sa tasse pleine.
Quelques instants plus tard, le ronflement d'un moteur de voiture se rapprocha.
Un véhicule de gendarmerie.
On frappa à la porte. Roméo se redressa aussitôt pour aller ouvrir. Sous ses yeux, une officière de gendarmerie montrant son badge.
"Colonelle Blanche Truchot, Monsieur Roméo Ménochet ?"
Roméo acquiesça d'un hmm bourru.
Elle entra, sur son insistance. Laurent s'était éveillé et se tenait torse nu, en caleçon dans la cuisine, cheveux ébouriffés.
Un interrogatoire de routine expliqua t-elle. La disparition de l'adolescente est devenue inquiétante, sollicitant beaucoup les autorités régionales et la gendarmerie.
"Est ce que cette jeune fille vous dit quelque chose ? Est ce que vous l'auriez déjà vue ?" montrant la même photo qui passait en boucle sur France 3 Régions.
Roméo s'excusa poliment, indiquant n'avoir jamais vu la fille. Laurent, lui, se proposa d'utiliser ses chiens loups pour chercher dans la forêt lors de ses promenades. Elle accepta, et lui remit un T-shirt ayant appartenu à la jeune fille.
La colonelle pris congé, et la vie reprit un cours normal au gîte, chacun vaquant à ses occupations propres.
Nicolas s'occupa de l'affinage de ses fromages.
Laurent partit en forêt avec ses chiens, laissant le T-shirt de la jeune fille dans sa chambre. Il connaissait l'odeur et il pouvait la reconnaître désormais parmi les autres, même de loin.
Quant à Roméo, il demeura prostré devant ses fichiers Excel de comptabilité. Mais l'arrivée - quasi simultanée - de trois emails le sortit de sa torpeur.
Trois réservations, en pleine saison creuse: une femme de Paris, Emmanuelle Petiot. Un habitant de Carcassonne, Frédéric Ustache. Et Etienne Loretta, de Cassis.
Le dernier était prévu pour le lendemain, les deux autres pour après-demain.
Une fois Laurent et Nicolas rentrés au gîte, Roméo annonça que les affaires reprenaient.
"Trois clients à la même période, ça va nous renflouer un peu. On se bouge les fesses, on prépare les chambres et on fait le grand ménage de la salle commune. Je veux que tout soit prêt avant que Laure ne rapplique ce soir"
Laurent et Nicolas s'exécutèrent.
La nuit, en hiver, tombait vite. Et Laure se présenta au gîte après minuit.
Après avoir revêtu une combinaison isotherme, le trio l'accompagna jusqu'à la Truyère, où elle repêcha, non sans peine, le corps de l'adolescente.
Ils s'occupèrent de re-déposer le corps là où ils l'avaient trouvé la veille. La laissant dans son sinistre tombeau ouvert.
Personne n'échangea de mots. C'est Laure qui brisa le silence.
"Je vais appeler le central et l'équipe légiste, rentrez maintenant je m'occupe de tout".
Roméo et sa meute acquiescèrent, et rentrèrent au gîte.
Un frisson traversa Laure. Tout sembla se bousculer dans sa tête.
Le souvenir surgit il y a quelques mois où une bête géante lui avait bondi dessus.
Le choc de l'impact. La chute sur des dizaines de mètres, le corps lacéré par les branches sèches.
Elle avait vu sa vie défiler en quelques secondes.
Puis l'apparition d'un loup énorme, chassant la bête, puis s'approchant d'elle.
Ce loup, au regard jaune, qui se transforma en un homme, nu. Laurent.
Il l'avait amené au gîte. Roméo, furieux, avait lancé un regard noir à Laurent jusqu'à ce qu'il baisse le regard.
Puis il s'était servi un verre de liqueur. Il lui avait tout dit. Qui ils étaient, ce qu'ils étaient.
Il lui avait fait faire une promesse. Elle savait qu'elle ne pouvait pas dire non. C'était trop irréel. Mais elle leur devait la vie.
Prenant une grande inspiration, elle appela le central de la gendarmerie.
Roméo, Laurent et Nicolas rentrèrent au gîte.
Une odeur interpella Nicolas. Une odeur qu'il connaissait, celle d'un cadavre. Le tueur d'hier, pourtant au fond de la rivière...
L'odeur persistait à l'ouest de la Truyère, plus proche du gîte.
C'est là qu'ils le virent. Déposé à l'entrée même du gîte, le corps dans son sac de jute, bien en évidence.
Une autre odeur se mêlait au parfum lourd du cadavre noyé. Une odeur amère, celle d'une créature à sang froid.
Roméo retint de montrer les dents. Il reconnaissait l'odeur des Vouivres qui vivaient au sud, en bordure de leur terrain de chasse.
Un jaune animal emplit ses yeux.