Blog sur le JDR, la littérature fantastique, des portraits de rôlistes, par un rôliste français vivant au Japon
22 Janvier 2026
Episode précédent:Ce que la Truyère rend
"D'abord on se débarrasse de ce corps, on le balance dans la fosse septique...Et après on réfléchit au problème des vouivres..." trancha Roméo.
Mais Nicolas protesta. Garder un corps aussi proche du gîte comportait beaucoup trop de risques.
"Et si un jour les gendarmes débarquaient et fouillaient la maison, où est-ce qu'ils iraient chercher en premier lieu ? La fosse septique c'est exactement l'endroit où trouver un corps. Non, je ne suis pas d'accord!"
Roméo grondait en lui. Nicolas avait déjà par le passé eu l'habitude de discuter, de contredire à ses directives. Mais cette fois, il y mettait plus de fougue, plus d'assurance.
"On fait comme j'ai dit, pour la peine c'est toi qui va t'y coller tout seul" lui répondit sèchement Roméo.
Nouveau refus de Nicolas.
Cette fois, Roméo s'approcha de lui et plaqua son front contre le sien, plongeant son regard dans celui de Nicolas. Ce n'était pas le moment de chercher à tester l'autorité de l'Alpha. Roméo ne lâchait pas ses yeux, déjà envahis d'une lueur animale.
Nicolas faisait front, mais Roméo n'était pas l'Alpha de la meute sans raison. Il était le chef, celui qui s'était imposé comme le choix naturel pour protéger le groupe.
Roméo commençait à retrousser ses lèvres, révélant des dents encore humaines, mais qui pouvaient changer très vite en crocs.
Nicolas détourna le regard. Il s'inclina, prit le corps avec lui et s'occupa de le jeter dans la fosse septique, tandis que Roméo rentrait au gîte, en claquant la porte.
Laurent, quant à lui, attendait Laure un peu plus loin du site où ils avaient remis le corps de la jeune femme, désormais envahi de véhicules de gendarmerie et de médecine légale.
Béatrice avait été retrouvée. Pour sa famille, il n'y aurait ni réponse, ni apaisement...
Laure rejoignit Laurent dans sa voiture, et ils rentrèrent au gîte.
Ils y retrouvèrent Roméo, agité, aux yeux jaunes, une bouteille d'alcool de prune vide sur la table. Il grognait.
A leur arrivée, il se leva brusquement et sortit sans un mot, laissant ses vêtements tomber sur le sol de la salle commune.
Son corps se mit à se déformer sous leurs yeux. Les os craquèrent. De longs poils jaillirent de sa peau. Il se courba, s'effondra à quatre pattes. Et disparut dans la nuit.
L'animal avait besoin de sortir. Alors qu'il courait à travers les plaines et la forêt, la douceur de la neige sur ses pattes et le vent glacial emplissant ses poumons le grisèrent. Arrivé à un promontoire, il aperçut au loin la maison où les Vouivres avaient élu domicile. Il s'annonça, en hurlant.
Flairant l'air alentour, il avisa la maison et s'en approcha. Un rocher imposant trônait près du cours de la rivière. Retroussant ses lèvres, Roméo gronda, assez fort pour être entendu de quiconque l'observait depuis l'intérieur. Il urina ensuite sur le rocher, puis à quelques dizaines de mètres en remontant le cours d'eau.
Le message était clair, désormais délivré.
Au gîte, Laurent retrouvait un Nicolas faisant la tête, rangeant la vaisselle dans la cuisine, sans piper mot. Laure, un peu sonnée par le spectacle qu'elle venait de voir, demanda à être gâtée avec un bon repas. Ce que Laurent et Nicolas s'empressèrent de faire, en apportant une bouteille de prune et un plateau d'échantillons de leurs derniers fromages.
S'inquiétant pour Roméo, Laure demanda à Nicolas ce qui s'était passé. "Rien, il était un peu sur les nerfs...il est parti se promener là... Ca va le calmer un peu, t'en fais pas..." lui répondit-il avec une pointe d'ironie et d'amertume.
Laurent, désireux d'éviter la même interrogation, s'esquiva pour aller jouer avec ses chiens loups.
Dans le froid glacial de la nuit, Roméo courait à travers les plaines enneigées, prenant le vent à la lisière des bois, chargé de nombreuses odeurs de proie potentielles. Ce soir, néanmoins, pas de chasse, juste le plaisir de laisser la bête prendre le contrôle pour s'évader dans la nature.
Il s'arrêta net. Une odeur, différente du gibier usuel, se rapprochait.
La tête baissée, le museau relevé, il humait ce parfum bestial qui, il le savait, se dirigeait vers lui.
Un des leurs, mais d'une autre nature. Jacques Vigouroux, le Neuri panthère, vieux compagnon du chef de meute d'autrefois et allié des trois loups.
Roméo prit une pose de salut, Jacques fit de même.
Un lien quasi télépathique se mit en place dans leur esprit.
"Je te trouve au bon moment, Roméo. Je suis venu te prévenir. Les évènements récents sur votre terrain de chasse n'ont pas échappé à la meute de Saugues. Le cadet, Baptiste, semble bien plus enhardi et décidé à tenter de faire un mouvement sur votre territoire. Prends garde, mon ami."
Roméo le remercia en silence, reprit la route après l'avoir salué. Jacques se fondit dans l'ombre des cimes, tandis que Roméo traversait la plaine de poudre blanche, luisant sous la pleine lune.
Le lendemain matin, Laure et Laurent se présentèrent à la gendarmerie pour faire leur déposition auprès du capitaine Truchot, non sans accorder leur récit au préalable. De leur entretien, ils apprirent que la jeune fille avait rencontré son agresseur via une application anonyme de dating, et que les recherches étaient toujours en cours pour retrouver l'assassin présumé.
Officiellement les autorités étaient en alerte pour retrouver le tueur, mais Laurent et Laure savaient que la région pouvait dormir en paix.
Au gîte, le premier invité arriva. Un homme de 40 ans, de Cassis, prétendant être venu pour souffler et rechercher l'inspiration pour sa passion artistique.
Mais il n'échappait ni à Roméo, ni à Nicolas, que le client mentait sur toute la ligne...