Senior Rôliste

Blog sur le JDR, la littérature fantastique, des portraits de rôlistes, par un rôliste français vivant au Japon

Our Brilliant Ruin: Chroniques de Crowscroft Partie III

Episode précédent

Le réveil, pour certains, est rude.

L’écho sinistre des hululements de la nuit dernière laisse encore un frisson dans la nuque de Bartlett qui, au petit matin, se lance dans une recherche obsessionnelle afin de déterminer l’origine du bruit.

Lady Moira, persuadée que les vieux manoirs ont leur lot de fantômes, gère son inquiétude en faisant sa gymnastique matinale. Faust, lui, se rend au garage pour préparer la voiture, comme chaque matin.

Après avoir demandé un petit déjeuner à Maeve, Lady Moira ordonne au personnel de mettre dehors, en un grand tas, tous les sommiers, couvertures, rideaux et autres linges d’origine du manoir afin de les brûler.

Bartlett, imperturbable, se rend dans les cuisines et commence à sonder les murs. Il découvre un pan de mur sonnant creux qui ne correspond à rien sur les plans officiels de la propriété.

Empressé de partager sa découverte avec Lady Moira, son élan est interrompu par l’arrivée d’un véhicule frappé du sigle du Piedmont Accord.

En descend un homme élégamment vêtu, un ténébreux aux yeux bleus, aux cheveux plaqués en arrière et au smoking impeccable. Dans sa main, il tient une lettre cachetée du sceau des Astus-Willough.

Refusant l’invitation de Maeve à patienter au salon, il insiste sur la nécessité de remettre la lettre en main propre à Lady Moira avant d’entrer ou de faire quoi que ce soit d’autre.

Beau garçon. Belle prestance. Mais un peu rigide…

Le courrier est de Rupert Astus-Willough. Il informe Lady Moira que M. Russell Maverick, consultant expert en prévention de la Ruin, a été dépêché à Crowscroft afin d’aider la nouvelle propriétaire à rendre à la demeure toute sa gloire d’antan. Sans être entachée par la Ruin.

Mais le manoir est déjà en effervescence.

Bartlett informe enfin Lady Moira de sa découverte. Elle ordonne à Faust de l’accompagner pour examiner le mur de plus près.

Faust laisse tomber son ouvrage, saisit une masse et suit Bartlett jusqu’au sous-sol.

Sans autre forme de procès, il abat la masse contre le mur. La maçonnerie cède et laisse apparaître un corridor obscur d’où s’échappe une odeur épouvantable.

Presque aussitôt, un gémissement lugubre se fait entendre.

Proche.

Très proche.

Bartlett frissonne.

Ce n’est certainement pas un renard.

Lady Moira l’entend elle aussi et amène avec elle le consultant fraîchement arrivé, lui donnant pour instruction de faire toute la lumière sur cette histoire.

Russell, en bon professionnel, demande à Faust de poursuivre son travail à la masse. Ce dernier rechigne quelque peu avant de s’exécuter.

Le consultant réclame également des torches et des bouteilles d’alcool.

N’ayant aucun autre larbin sous la main, il adresse naturellement cette demande à Faust, qui s’exténue déjà à démolir le mur.

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Derrière le mur...

Le corridor dégagé mène à une lourde porte close, fermée par deux barres de plomb et une serrure.

Russell demande à Faust, qui commence singulièrement à rouspéter, de retirer les barres.

Des bruits résonnent derrière la porte.

Quelque chose y est enfermé.

Déterminé à percer le mystère qui secoue le manoir depuis leur arrivée, Russell ouvre la porte.

Et tombe nez à nez avec une créature émaciée, repoussante, exhalant une odeur de pourriture, qui tente de l’agripper et de le mordre en hurlant :

— FAIIIIMMMM…

Russell esquive de justesse.

Faust, surpris, prend la fuite en hurlant, aussitôt suivi par Russell qui ne voit son salut que dans la retraite face à cette créature, très probablement un mangeur de chair, rapide, affamé et potentiellement extrêmement dangereux.

Bartlett, resté en retrait, prend également la fuite.

Dans leur précipitation, ils oublient un détail.

Maeve est restée dans les cuisines.

Un hurlement strident.

Puis un cri brusquement interrompu.

Ils comprennent aussitôt que la créature s’en est prise à elle.

Lady Moira accourt et demande un état de la situation. Les cris de Maeve la poussent finalement à descendre elle-même.

L’horreur qui s’offre à ses yeux est indicible.

Une créature maigre, à la peau parcheminée, déchire la chair de la malheureuse majordome et s’en remplit la bouche.

Le corps de Maeve est déjà dans un triste état. Le sang se répand sur le marbre gris.

La créature aperçoit Lady Moira.

Et la prend en chasse.

Le dévoreur de Crowscroft

Lady Moira prend la fuite et tente une manœuvre pour ralentir la créature.

En vain.

Le dévoreur de chair est bien trop rapide.

Il la rattrape et la lacère de ses griffes.

Russell saisit alors une bouteille d’alcool et la projette sur la créature.

Cette dernière pousse un hurlement de douleur.

Par endroits, sa peau se met à fumer là où le liquide l’a touchée.

Au même instant, Faust surgit du garage, un bidon d’essence à la main.

Il tente d’asperger la créature.

Mais celle-ci, grimpant aux murs comme une araignée, évite maladroitement les jets de liquide inflammable.

Puis elle bondit.

Russell est renversé et blessé. Les griffes du monstre lui déchirent le torse.

Lady Moira, elle, court se réfugier dans la voiture.

Faust profite alors du corps à corps entre la créature et le consultant pour jeter de l’essence dans leur direction.

Le monstre est aspergé.

Russell également.

Sans hésiter une seconde, Faust sort son briquet.

Et met le feu.

Les flammes s’emparent instantanément de la créature.

Russell parvient à s’écarter en effectuant quelques roulades désespérées.

Au loin, les ouvriers, arrivés plus tôt dans la matinée afin de commencer leur estimation des travaux, observent la scène avec une inquiétude croissante.

Après avoir entendu les cris de la créature, Bartlett avait vainement tenté de les rassurer sur le fait que le manoir était parfaitement sûr.

Le résultat n’avait pas été à la hauteur de ses espérances.

Les ouvriers s’étaient mis en grève.

Mais lorsqu’ils voient une créature en flammes courir en tous sens dans la cour de Crowscroft, ils comprennent qu’ils assistent à quelque chose de bien plus grave.

Russell les harangue alors et réclame leur aide pour abattre le monstre une bonne fois pour toutes.

L’appel est entendu.

Pioches, masses et pelles sont saisies.

Les coups pleuvent.

Finalement, la créature s’effondre et cesse de bouger.

Le calme revient peu à peu sur Crowscroft.

Bartlett, resté perché dans un arbre pendant toute l’affaire, consent enfin à redescendre.

Par prudence, il donne plusieurs coups de pied à la dépouille afin de s’assurer qu’elle est bien morte.

Pendant ce temps, Russell tente de traîner le cadavre jusqu’au grand bûcher où brûlent déjà les vieux effets du manoir.

Faust, quant à lui, s’occupe d’enterrer la pauvre Maeve au pied d’un arbre.

Les feux se multiplient dans le jardin de Crowscroft.

Le « fantôme » du manoir n’est plus.

Dans la pièce qui lui servait de cellule, les occupants de la demeure découvrent plusieurs objets ayant appartenu au prisonnier: une photographie représentant Hartford et Matilda Galdepark, un nécessaire de rasage en argent aux initiales de Hartford.

Et un journal à la couverture de cuir usée.

Ses pages contiennent les dernières pensées de feu Hartford.

Il y déclare son amour inébranlable pour Matilda, mais aussi la terreur que lui inspire l’affliction de la Ruin qui le consume peu à peu.

Les dernières entrées sont illisibles. 

Hartford Galdepark était enfermé ici depuis plus de cinquante ans.

Le mystère de Crowscroft est enfin résolu.

En remerciement pour son aide, Lady Moira offre à Russell le nécessaire de rasage d’Hartford.

Elle conserve néanmoins le journal et la photographie.

Quelques jours plus tard, les travaux de rénovation de la propriété avancent à bon train. Le drame semble déjà appartenir au passé.

Lady Tessa Valgreave effectue alors une visite de courtoisie inopinée afin de constater les progrès accomplis à Crowscroft.

Mais elle vient également parler du prochain bal qui se tiendra à DartHall, chez les Galdepark-Granville.

Pour tout aristocrate, y participer est d’une importance capitale. C’est l’occasion de se faire connaître de la bonne société et d’y trouver sa place.

Lady Moira fait l’inventaire de ses possibilités.

Encore rebutée par l’attitude outrecuidante de Lord Rex Granville-Galdepark, elle sait néanmoins qu’elle dispose de certains atouts pour obtenir ses entrées malgré tout.

L’avenir de Crowscroft, et sans doute celui de sa propriétaire, se jouera peut-être lors de ce bal.

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