Senior Rôliste

Blog sur le JDR, la littérature fantastique, des portraits de rôlistes, par un rôliste français vivant au Japon

Our Brilliant Ruin - Chroniques de Crowscroft Partie II

Episode précédent: Chroniques de Crowscroft Partie I

Il comprend également que la pièce n’a pas été barricadée pour empêcher quelqu’un d’entrer, mais pour empêcher quelque chose de sortir. Cette pensée lui traverse l’esprit au moment où il s’approche de la commode poussée contre la porte.

Non sans effort, il la tire de quelques centimètres. Le meuble est lourd. Très lourd.

Lorsqu’il parvient enfin à le dégager suffisamment pour en examiner l’arrière, il reste un instant immobile.

Le bois est couvert de profondes griffures.Des sillons irréguliers, creusés avec une force considérable.

Les marques ressemblent à celles observées sur le versant extérieur du manoir.

Roselyne, qui l’a rejoint dans la chambre, aperçoit à son tour les traces. Un frisson lui parcourt l’échine.

Pendant quelques instants, ni l’un ni l’autre ne trouvent quoi dire.

Cherchant à comprendre qui occupait autrefois cette pièce, ils entreprennent de fouiller les affaires abandonnées sur place. Mais le temps a fait son œuvre.

Les vêtements retrouvés dans les armoires sont usés, décolorés et rongés par les années. Ils semblent néanmoins avoir appartenu à un homme. Sur plusieurs cols subsistent encore des initiales brodées : H.G.

Faust et Roselyne échangent un regard. Le nom ne leur dit rien, mais ils savent désormais que la chambre avait un propriétaire qui a disparu depuis longtemps. Tous les deux, soucieux de ménager la jeune Lady Moira, décident d'un commun accord de ne rien mentionner à leur employeuse.

Pendant ce temps, un nouvel arrivant se présente au manoir.

L.J. Bartlett, compagnon de l’Union Rivet & Bellows, a été mandaté par Lady Moira pour évaluer l’ampleur des travaux nécessaires à la remise en état de Crowscroft.

Après une rapide présentation, la jeune propriétaire lui confie la direction du chantier de rénovation. Et le chantier s’annonce colossal.

Souhaitant commencer par l’inspection de la citerne, Bartlett demande à la voir sans tarder. Maeve se propose de l’y accompagner. Willard, qui n’a rien de mieux à faire pour le moment, décide de se joindre à eux.

L’œil exercé du compagnon lui permet rapidement de dresser un premier constat : toute la plomberie devra être remplacée.

Outre les nombreuses fissures anciennes qui parcourent les installations, il découvre également des dommages plus récents. Suffisamment récents pour éveiller sa méfiance. Willard fait mine de ne rien savoir.

Alors qu’il poursuit son examen, un bruit sourd résonne dans les profondeurs du manoir.

Puis un second.

Puis un troisième.

Les mêmes coups mystérieux déjà entendus par Roselyne et Willard. L’écho évoque des impacts contre une surface métallique.

Les canalisations ? Des rats ?

L’hypothèse paraît peu convaincante. Aucun rongeur ne devrait être capable de produire un tel vacarme. Une légion de rats peut être ?

Les explications se succèdent sans apporter de réponse satisfaisante.

Une seule certitude demeure dans l’esprit du compagnon : la source du bruit se trouve quelque part dans le sous-sol.

Il aurait volontiers poursuivi ses recherches, mais Lady Moira interrompt les investigations.

Une invitation vient d’arriver:  Les Valgreave souhaitent recevoir leurs nouveaux voisins à dîner ce soir même dans leur propriété d’Amsdell.

Les recherches devront attendre.

Quelques heures plus tard, chacun s’efforce donc de se présenter sous son meilleur jour.

Même si Bartlett est pris d'un inconfort manifeste...

Un dîner à Amsdell

Faust conduit les convives jusqu’au manoir d’Amsdell.

Le contraste avec Crowscroft est saisissant: vergers entretenus, vignobles prospères, haies soigneusement taillées, façades fraîchement repeintes : la propriété des Valgreave semble être l’incarnation même de ce que Crowscroft pourrait redevenir une fois restauré.

Ils sont accueillis par la jeune et ravissante Lady Tessa Valgreave, particulièrement enchantée par l'arrivée de nouveaux voisins.

Accaparant aussitôt Lady Moira, elle ne tarde pas à laisser paraître une sincérité et une chaleur touchantes.

- C’est si bon d’avoir de nouveaux voisins! La vie à la campagne est si répétitive et morose. Je ne peux cacher ma joie de vous avoir parmi nous aujourd’hui.

Les invités sont invités à pénétrer dans le premier salon où les attend Lady Fidelia Valgreave pour les salutations d’usage.

Cette dernière accueille courtoisement ses visiteurs, même si un léger pincement traverse son visage lorsqu’elle constate que tous les invités ne sont pas issus de l’aristocratie.

- Voilà qui promet d’être un dîner extravagant ! s'exclame t-elle en observant Barlett et Roselyne.

Loin de partager cette réserve, Lady Tessa semble au contraire ravie de cette nouveauté.

Les invités sont conduits dans un second salon où l’apéritif est servi. Ils y font la connaissance des autres convives : Lord Rex Granville-Galdepark et ses trois filles, Imogen, Clara et Violette, déjà enivrées de champagne.

Rex se montre immédiatement distant avec les nouveaux venus, et ne fait aucun effort pour masquer son mépris des roturiers.

Ses filles, en revanche, se révèlent infiniment plus accueillantes.

Violette s’intéresse rapidement à Willard et l’entraîne dans une promenade à travers les vergers où celui-ci lui expose avec enthousiasme les mérites de la confiture de cerises.

Faust, de son côté, attire immédiatement l’attention de Clara et d’Imogen. Et les deux jeunes femmes ne prennent guère la peine de dissimuler leur intérêt pour le chauffeur.

Clara semble toutefois prendre rapidement l’ascendant sur sa sœur.

Imogen reporte alors son attention sur un Bartlett de plus en plus mal à l’aise, qui tente de noyer sa gêne sous plusieurs coupes de champagne.

L’expérience tourne court.

Lord Rex intervient et rappelle sèchement aux deux roturiers qu’ils feraient mieux de garder leurs distances avec ses filles.

Malgré son arrogance, les conversations avec les filles permettent néanmoins d'apprendre que le manoir de Crowscroft appartenait autrefois à la famille Galdepark, plus précisément leur ancêtre Hartford Galdepark, mort des suites d'une affliction de la Ruine.

Pendant ce temps, Roselyne est retenue par Lady Tessa, curieuse d’en apprendre davantage sur les habitants de Crowscroft. Au cours de la conversation, elle lui révèle un secret connu de peu de personnes au sein de la maison Astus-Willough : en plus de servir Lady Moira, elle se produit également sur la scène d’un cabaret.

La révélation suscite immédiatement l’enthousiasme de l’assemblée.

On lui réclame une chanson.

Roselyne accepte.

Sa prestation improvisée laisse les convives émerveillés et apporte à la soirée un intermède aussi inattendu qu’apprécié.

Peu après, le dîner est servi.

Faust se retrouve assis aux côtés de Clara. Au cours du repas, la jeune femme lui glisse discrètement un message lui donnant rendez-vous près de sa voiture une fois la soirée terminée.

À l’autre extrémité de la table, les discussions prennent une tournure plus tendue.

Lady Moira apprend qu’un grand bal doit prochainement se tenir à DartHall, au manoir des Galdepark.

Or elle n’a reçu aucune invitation.

Malgré les protestations de ses filles, Rex est sans équivoque

- Une invitation au bal se mérite, dit-il poliment.

Une tension s’installe autour de la table.

Lady Moira ne se laisse cependant pas démonté. Se levant, elle annonce prendre congé pour ne point importuner davantage ses hôtes, et en protestation tacite de l'outrecuidance de Rex Granville-Galdepark.

Les filles Galdepark protestent auprès de leur père, notamment après le départ de Faust qui s'empresse de préparer la voiture pour le départ. 

Clara va même jusqu’à présenter ses excuses à Lady Moira pour l’attitude de son père avant de quitter précipitamment la table à son tour, en protestation. Mais un mécontentement de façade qui permet à la jeune demoiselle de rejoindre très vite Faust à l'extérieur.

D’un regard entendu, elle l’invite à la suivre dans le garage attenant, près du véhicule.

Là, dans l’obscurité et la promiscuité du lieu, la jeune femme laisse soudain tomber toute retenue.

Clara se jette sur le chauffeur. 

Le couvre de baisers.

L’entraîne contre la carrosserie dans une étreinte brusque et impérieuse.

Une danse impulsive.

Féroce.

Dominatrice.

Tout s’embrase et se consume en quelques instants, ne laissant derrière elle qu’un souffle court et le silence du garage.

Se rhabillant en vitesse, elle part rejoindre la salle de dîner, non sans lancer

- Ciao ! 

Elle fait quelques pas, puis revient en arrière, le regard pétillant

 - Ecris moi!

Puis elle disparaît.

Encore déboussolé par la scène, Faust sort discrètement du garage et rajuste sa tenue.

Il se découvre couvert de rouge à lèvres et, sur son cou, la marque encore vive d’une morsure passionnelle.

De son côté, Willard retourne au manoir en tenant la main de la belle Violette.

Rougissante, la jeune femme lui donne sa bénédiction pour recevoir ses lettres.

Willard lui promet alors de répondre à chacune de ses lettres, agrémentées de dessins de pots de confiture.

Une promesse qui semble la ravir.

Quelque chose est né ce soir-là.

Une magie naissante, celle d'un amour qui cherche encore son nom.

Après le dessert, les convives et leurs hôtes raccompagnent Lady Moira et sa suite jusqu’au perron.

Violette remet très officiellement une lettre à Willard, qui lui promet de lui écrire.

Clara, dissimulée derrière son père, adresse à Faust plusieurs baisers lointains, soutenus par un regard brûlant de stupre, sous les yeux jaloux de sa sœur Imogen.

Lady Tessa, quant à elle, prend les mains de Lady Moira dans les siennes et lui promet une visite prochaine. La jeune femme semble ardemment désirer l’amitié de sa nouvelle voisine.

Puis chacun prend congé.

La voiture reprend la route de Crowscroft. Le trajet se déroule sans incident.

Du moins jusqu’à ce que Faust commette une maladresse.

Au détour d’une conversation, il évoque les griffures découvertes sur la porte de la chambre scellée.

Roselyne tente de l’interrompre.

Trop tard.

Lady Moira n’est pas dupe.

Elle fait immédiatement arrêter la voiture et exige toute la vérité.

Confrontés aux questions insistantes de leur employeuse, Faust et Roselyne finissent par lui révéler l’intégralité de leur découverte : la chambre condamnée, les meubles renversés, les griffures, les initiales H.G.

Et surtout cette inquiétante impression que la pièce avait été barricadée non pour empêcher quelqu’un d’entrer, mais pour empêcher quelque chose d’en sortir.

Lady Moira écoute sans les interrompre.

La révélation est suffisamment troublante pour jeter un froid sur le reste du trajet.

Lorsqu’ils atteignent enfin Crowscroft, chacun se retire dans sa chambre.

Les lits sont inconfortables et les draps sentent encore le renfermé. L’humidité semble imprégnée dans chaque pierre du vieux manoir.
Le sommeil finit pourtant par gagner ses occupants.

Puis, au cœur de la nuit, un hurlement déchire le silence. Un son lugubre. Prolongé. Inhumain.

Les murs semblent eux-mêmes vibrer sous son écho. Les occupants du manoir se réveillent en sursaut.

Pendant quelques instants, personne n’ose quitter sa chambre.

Puis le silence retombe. Un silence plus inquiétant encore que le cri qui l’a précédé.

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