Blog sur le JDR, la littérature fantastique, des portraits de rôlistes, par un rôliste français vivant au Japon
30 Janvier 2026
Avertissement - contenu explicite et humour noir. Ce récit du jeu de rôle Rushmore contient des scènes crues, absurdes voire choquantes: mort violente, langage vulgaire, références sexuelles, éléments grotesques ou dérangeants. Ici, aucune contrainte, aucune bienséance: tout est à prendre au quatrième degré.
Ames sensibles passez votre chemin. Vraiment.
Recousue tant bien que mal par le doc, Rose se prélasse sur son lit, le visage badigeonné de boue verte coréenne.
Au petit matin, un drame frappe Wash : sa télé rend l’âme dans un bruit de pet foireux. Paniqué, il y verse un verre d’eau pour éteindre le supposé incendie.
Dans la cuisine, Linc, scrutant les post-it, se sert une bière. Il ne fait pas attention à Têtard qui a été rangé dans le frigo.
Jeff est levé de bon matin, de fort mauvais poil, et tire au fusil à pompe sur les poules.
Sur la route, non loin de Désolation, une mission mormone est en route pour prêcher la bonne parole aux habitants de ce bourg rustique, si typique de la campagne américaine.
Brian, le chef, rassure la troupe de jeunes missionnaires :
"Les gens de la campagne sont de bons croyants, vous vous trouverez vite à l’aise, comme chez vous ! "
Elijah, un jeune blondinet de l’Utah, est euphorique. Il sait que Jésus l’accompagne en tout temps et en toute heure. Sa première visite chez les fossoyeurs est du pain béni : les fossoyeurs sont forcément de bons croyants.
Déposé à l’entrée de la bicoque pourrie des Rushmore, Elijah, ne trouvant pas de sonnette, entre.
Il est accueilli par Linc, dont l’haleine indique très clairement qu’il a sucé son petit bâton de merde au petit-déjeuner.
— Oh, propriété privée !
Elijah, stoïque et souriant, se présente, d’une voix doucereuse, comme un missionnaire venu « discuter avec les gens de spiritualité, de leur foi et de Dieu ». Linc fronce les sourcils : ça ne percute pas.
Wash pousse alors un hurlement :
— MADAMEMADAMEMADAMEMADAME !
Il éveille en sursaut l’oncle Ringo, qui dégringole de son lit pour aller voir Wash. Constatant que la télé est foutue, il tente un mot d’apaisement en lui disant que verser de l’eau sur une télé, c’est un peu con.
Linc, aux prises avec le jeune blondinet dont il ne saisit pas les intentions, est interrompu par son horripilant téléphone. C’est encore papy, qui râle que son fan club ne lui écrit plus — ce qu’il avait déjà dit hier.
Insistant pour parler à sa Rose préférée, celle-ci prend le combiné pour lui dire
- La pétasse est morte, on l’a butée
Contrevenant aux instructions de Linc, qui lui avait pourtant bien dit de ne pas lui dire ça, bordel de merde.
Papy est en émoi et commence à râler, à chercher à comprendre, mais Linc sauve la situation en rétropédalant. L’appel, fort ennuyeux, se conclut par une demande précise de papy : qu’on lui envoie des revues porno pour s’occuper dans sa cellule.
Elijah, voyant Linc retourner furieusement dans la maison sans lui dire de déguerpir, pénètre dans la cuisine. La table couverte de sang et l’état déplorable de la pièce entière ne lui disent rien qui vaille : des grenouilles sautent par-ci, d’autres sont écrasées par-là, et certaines depuis un certain temps.
A cela s'ajoute un arôme de pipi de chat, relevé par l’haleine flottante et fétide de Linc.
Notre missionnaire sent le début d'un doute l’envahir.
Tandis que des coups de feu résonnent dehors, accompagnés d’un chapelet de jurons, Wash descend et découvre le beau jeune blondinet. Fasciné, il l’invite à le rejoindre dans sa chambre.
Ce grand dadais un peu débile paraît plus docile et gentil que l’autre pue-du-bec.
Arrivé dans la chambre, c’est l’Enfer de la chair qui ouvre ses portes : des centaines de revues porno, des posters dépouillés de toute pudeur, et des boîtes de DVD de films X, avec des grenouilles sautillant en tous sens sur tous les meubles.
Wash montre la télévision au missionnaire.
Celui-ci constate, de manière tout à fait pertinente, qu’elle est cassée — sans doute a-t-il cru que son nouveau compagnon n’avait pas bien compris.
Ringo est également là. Il tance Elijah.
— T’es qui, toi ?
Puis, en l’espace de trois secondes, il regarde Wash, puis le missionnaire.
D’un air goguenard, il reprend :
— Ah ouais, OK, je pige… Tu veux que je vous laisse, Wash ?
Wash hoche vigoureusement la tête, en signe d’approbation.
Elijah, ne comprenant pas — ou faisant mine de ne pas comprendre — se dit que ce monsieur d’un certain âge pourrait être le doyen de cette famille, et donc le plus sage. Il se présente à lui et explique ce qu’il est venu faire ici.
-T’es venu parler aux gens ? T’es de la CIA, c’est ça ? T’es de l’État profond ? Tu viens nous espionner ?
Décontenancé, Elijah se défend avec retenue, tout en gardant un ton calme et conciliant — le pauvre n’a pas encore été foutu d’en placer une sur Jésus ou sur sa mère.
En bas, la voiture du shérif arrive.
Un shérif moins aimable que d’habitude. Linc, jurant violemment en le voyant arriver, va à sa rencontre.
Cette fois, ça ne plaisante plus : le shérif a reçu une plainte contre Rose pour avoir explosé les couilles de Darryll Fairey. Il l’emmène au poste pour une garde à vue de quarante-huit heures.
Fidèle à ses convictions, Linc s’y oppose véhémentement.
L'adjointe accompagnant le shérif jubile, et en profite pour provoquer et se foutre copieusement de la gueule du redneck. Celui-ci lui répond en lui soufflant au visage une bouffée de son haleine la plus fétide, venue tout droit de ses entrailles pourrissantes.
L’adjointe blêmit et vomit aux pieds de Linc.
Le shérif embarque Rose, sans aucune autre forme de résistance de la part des Rushmore, hormis des volées d’insultes et de théories complotistes.
Elijah est coincé avec Wash, qui commence à lui faire une drôle de danse nuptiale. Cette fois, même si Jésus est avec lui, Elijah comprend qu’il est temps de prendre la porte et de retourner sur la route, loin de cet endroit un peu trop dégénéré.
Il reçoit un appel de son président de mission, et tente de lui transmettre habilement un message de détresse. Il lui répond qu’il sera là au plus vite, dans deux heures, et lui demande de se mettre à l’abri. En balayant la pièce du regard, l'inquiétude l'envahit.
Ringo, croyant fermement à l’imminence d’une idylle, ferme la porte à clé pour laisser les deux tourtereaux ensemble.
Elijah, nerveux, jouant davantage avec son portable, tente le 911. Wash voit le portable — magnifique, à l’écran grand et de superbe qualité — et se met en tête de l’obtenir pour continuer le visionnage de « Tourne ton cul que j’t’arrache une dent VIII », interrompu par la panne de la télé.
Linc, décontenancé par l’arrestation de Rose, va chercher conseil auprès de Têtard. Mais arrivé dans sa chambre, il ne le trouve nulle part.
Il se souvient l’avoir vu dans le frigo. Il ressort le foetus un peu frigorifié et figé dans sa vodka, mais toujours aussi vif d’esprit.
Têtard lui demande de purifier le démon qui s’est introduit chez eux : Elijah. Interdit, Linc ne comprend pas ce qu’il faut faire. Têtard le met sur la piste de Stone, alias Jésus, le dealer du coin dont l’esprit est mangé littéralement par la maladie de la vache folle.
Linc tente un premier appel, mais tombe sur un Jésus bafouillant et incompréhensible. De dépit, il raccroche : autant dialoguer avec un chien.
Mais Jésus rappelle. Après une dure conversation, Linc parvient à comprendre les mots « démon », « maman », « puits » et « magie ». Le puits du jardin.
Ayant compris ce qu’il devait faire, Linc entreprend de mettre Wash et Ringo en ordre de marche pour amener Elijah au puits. Ce dernier sent très nettement que, bien que Jésus soit toujours avec lui, les choses commencent véritablement à mal tourner.
Tentant le dialogue avec Linc, Ringo répond en sortant son flingue…
Dans la voiture du shérif, l’adjointe fait de Rose son hot-dog de quatre heures en se foutant de sa gueule, tout le long du trajet.
Elle est amenée dans une cellule commune, partagée avec quatre codétenus : un motard énorme couvert de tatouages nazis, un type en costard se rongeant les ongles, et une camée en pleine crise de manque.
Se demandant si le type en costard est un col blanc de la Maison-Blanche, Rose tente de lui demander de la faire sortir. Le costard est interloqué et lui dit gentiment d’aller voir ailleurs. Le motard semblant faire la gueule, elle l’esquive, ne restant plus que la camée, avec qui elle devient super copine.
Ourdissant un plan infaillible, la camée demande à Rose de lui rendre un service : appeler son fournisseur pour lui apporter ses doses en taule ; en échange, elle l’aide à s’échapper ce soir. Rose, usant de son droit à un coup de fil, appelle le fournisseur et, après quelques insultes et menaces échangées, passe enfin la commission.
Un des agents du shérif glisse discrètement trois sachets ressemblant à des préservatifs contenant des doses de meth… et un objet métallique dans chacun.
Chez les Rushmore, Linc, Ringo et Wash balancent Elijah dans le puits avec un harnais et une corde fixée à la poulie, tenue par Wash. Mais ils sont interrompus par l’arrivée impromptue d’une camionnette pleine de Fairey enragés qui déboulent avec des armes lourdes et canardent les Rushmore et leur maison.
Wash lâche la corde. Elijah barbote dans l’eau saumâtre et puante du puits.
Linc se réfugie dans la maison. Une rafale le balaie, il tombe au sol, raide mort. Jeff, tirant au fusil à pompe, tombe à son tour. Ringo tire avec son Glock et abat un des Fairey. Wash, lui, est touché mais tient encore.
Il est alors visité par Têtard, qui lui dit :
- Il faut noyer le démon pour le purifier entièrement.
Un peu déçu de ne pas avoir pu jouer davantage, Wash prend un énorme rocher et le balance dans le puits, fracassant le crâne d’Elijah, qui sombre dans les profondeurs.
Une vision apparaît à tous les Rushmore : ils sont enfants avec leur mère, à un barbecue, en train de cuire des sauterelles et des grenouilles qui hurlent leur nom.
Un temps absent en raison de la vision, Ringo s’éveille debout, exposé, le corps criblé de balles. Il s’effondre non loin de Jeff, tombé dans un trou de tombe, les pieds en l’air, la godasse gauche tenant du bout des orteils.
Rose, le soir venu, ouvre le sachet et y découvre un trombone. La camée est en extase : c’est avec ça qu’elles vont s’enfuir. Rose lui demande si elle sait crocheter une serrure avec un trombone. La camée lui répond par la négative.
Le plan génial tombe à l’eau : aucune des deux ne sait crocheter une serrure, et encore moins avec un trombone.
Rose tente sa chance avec le motard, qui lui réplique par une baffe, la mettant à terre.
Une idée lui vient : le trombone déplié fait une jolie petite arme improvisée. Elle lui susurre des mots ; l’arme lui répond et lui suggère de crever l’œil de la camée pour foutre le boxon et créer une diversion.
Sans attendre, elle le fait.
La camée hurle et attire l’attention du gardien, qui appelle une ambulance. Une fois la détenue évacuée et le gardien sur le point de refermer la porte, Rose lui enfonce le trombone à un point précis dans le genou. Le gardien tombe en hurlant ; les détenus en profitent pour fuir.
C’est la nuit à Désolation, et les rues sont désertes. Rose rentre chez elle à pied, comme elle le fait souvent.
Le lendemain au petit matin, elle trouve sa maison criblée d’impacts de balles, les vaches et les poules étendues sur le sol, et Wash seul dehors, près du puits, serrant le portable d’Elijah en murmurant :
— Madamadamadamadame…
Linc, Ringo et Jeff se réveillent dans leur lit. Ils ont tout oublié de la journée d’hier.
En s’approchant de Wash, Rose entend un bruit de grattement.
Mr Robinson, enterré il y a un an, sort de sa tombe. Vêtu de son costume troué, la chair desséchée et pendante par endroits, l’œil gauche tenant à un fil, hors de son orbite.
Il marche tranquillement à petits pas vers la route, à petits pas, pour rentrer chez lui.
Sous le regard interdit des Rushmore, qui ont pourtant l'air de n'en avoir absolument rien à foutre.