Blog sur le JDR, la littérature fantastique, des portraits de rôlistes, par un rôliste français vivant au Japon
20 Février 2026
Episode précédent: Pour 500 eddies...
500 eddies en une nuit. C’est 200 pour s’envoyer en l’air.
Luis passe la nuit avec une « doll », ces prostitués incarnant un personnage au goût du client, via un programme spécifique. La « doll » choisie ressemble trait pour trait à Suzanna.
Sa façon de faire l’amour, de lui parler. Elle lui susurre des mots doux dans l’oreille, se laisse saisir dans ses bras, plongeant sa tête pour sentir sa chevelure au parfum de jade. Comme Suzanna…
Luis s’abandonne, le temps d’une nuit, dans l’illusion d’un rêve perdu.
« Suzanna » murmure t-il.
La lumière se rallume, la « doll » semble s’éveiller, confuse.
« Vous avez dit votre mot de sécurité…mais pourquoi ? Où est ce que j’ai merdé? »
Luis se relève, commence à se rhabiller.
La « doll » se prend la tête dans les mains. Le programme vient d’être brutalement interrompu.
Il sort de la chambre, sans un regard pour elle.
Suzanna est morte. Ça, il le sait.
Les jours passent, et les eddies filent vite.
Il est facile de gagner de l’argent à Night City mais il est difficile de le conserver.
Luis appelle Myles, un vieux contact du temps des Valentinos. Un petit gig de renforcement de sécurité informatique tombe. Quelques dizaines d’eddies.
Pas de quoi fanfaronner. Et les comptes deviennent serrés.
Un appel de Wrench sur l’holophone.
- Luis, je viens de recevoir un gig de Dakota Smith. C’est une nomade.
- Ok, on parle de quoi ?
- Faut aller voir le client directement dans les badlands. Je vais chercher Maya, je vous ramasse au Red Dirt dans une heure, t’y seras ?
- Je m’y rends tout de suite.
Un autre gig.
Un autre nom dans le carnet
Enfin de quoi remplir le frigo. Pour quelques jours.
Wrench récupère Luis et Maya à la station Glen North. Maya mâchouille son chewing gum frénétiquement. Elle a dû passer une mauvaise nuit dans une benne à ordure.
Ca se sent, dans son attitude comme dans l’odeur qu’elle dégage.
Wrench gueule « Tes pieds Maya, putain, pas sur mon tableau de bord, tu fais chier! »
A l’approche du lieu de rendez vous fixé par le client, l’écho d’une fusillade retentit.
L’endroit, un coin de désert où s’entassent des containers, est devenu un terrain de chasse.
Le van pile.
Maya saute en route, la lame mantis sortie.
Luis, flingue au point, repère l’un des assaillants: un ambulancier ?!
A cinq contre un, ils arrosent un container d’où quelqu’un réplique.
Mauvais timing.
Maya bondit du haut d’un container et sa lame mantis entre en scène, arrachant des gerbes de sang.
L’ambulancier tombe, tandis qu’un autre se met à convulser, le corps secoué d’arcs électriques.
Le grondement d’une mitrailleuse lourde domine le concert de coups de feu.
Wrench balaie la zone, la tôle explose sous les impacts, un troisième ambulancier s’effondre.
Les deux autres ne demandent pas leur reste et prennent la fuite.
Un carnage. En six secondes.
« C’est vous Falco ? Dakota nous envoie » lance Wrench.
L’homme, un cinquantenaire, moustache fournie, bottes et chapeau de cowboy, s’approche, arme au poing.
« Vous êtes venus à point nommé! Ces gonks me sont tombés dessus sans prévenir…
J’ai bien cru que j’allais y reste. Sans vous je crois que…enfin bref »
Luis ne relève pas « On est là pour le travail, de quoi il s’agit ? »
Falco ne bronche pas. Ancien mercenaire lui même, il sait que le temps est précieux.
« Depuis la disparition de mon équipe, j’ai gardé avec moi certains objets très personnels qui leur ont appartenu. Seulement voilà, quelqu’un m’a tout volé. Et j’aimerais que vous les retrouviez et que vous me les rameniez. Pour ce qui est du voleur, ce n’est pas important. Ce qui compte c’est que je récupère tout. Je vous paierai 500 eddies par tête et par objet que vous me retrouverez, deal ? »
Luis jette un rapide coup d’oeil à Maya et Wrench qui font une moue satisfaite.
« On prend, qu’est ce qu’on doit chercher exactement et est ce que vous avez une idée de qui vous a volé ? »
Falco leur donne la liste de ce qu’ils doivent retrouver, essentiellement des armes et un blouson jaune qui aurait appartenu à son ancien camarade, David Martinez.
Le nom fait écho de suite dans l’esprit des edgerunners. David Martinez, celui qu’Adam Smasher a broyé au Corpo plaza il y a un an. Aujourd’hui, un cocktail porte son nom à l’Afterlife.
Une légende en son temps.
Une légende qui a brûlé vite, et fort.
Pendant que Falco débite la liste des objets à retrouver, Maya fait les poches des corps, encore chauds, tombés durant la fusillade.
Elle y trouve une puce de données qu’elle agite sous le nez de Luis.
Insérant la puce dans son slot derrière l’oreille droite, Luis y découvre que les ambulanciers recherchaient une veste jaune contenant des données biométriques cruciales de son porteur d’origine, David Martinez.
Des données à première vue, bien ordinaires. Puis le mot apparaît: Sandevistan.
Luis relève la tête.
De telles informations valent une fortune pour les corporations: David Martinez est l’un des rares à avoir pu utiliser le cyber implant sans sombrer. Ces données sont la clef.
Sans rien dire à ses compagnons, il demande à Falco une description du voleur.
Il lui décrit un motard aux cheveux rouge et bleu. C’est bien trop peu…
Maya siffle un peu en retrait. « C’est quoi ce machin? »
Elle agite une sorte de récepteur, trouvé dans la poche d’un autre ambulancier refroidi.
Wrench scrute l’objet et le retourne entre ses doigts
« Un traqueur. Un seul ping. Intermittent »
C’est avec ça qu’ils ont suivi le blouson.
La seule piste qui pourrait les conduire au voleur.
Luis range la puce.
Le contrat est simple. Retrouver les armes et le blouson. Les rendre à Falco.
Le vrai jeu, lui, commence ailleurs.
Extraire les données. Les vendre au plus offrant. Disparaître sans se faire oblitérer.
Reprenant la route dans le van de Wrench, l’équipe met le cap sur le dernier ping indiqué par le traqueur.
C’est à Little China dans un Tom’s Diner que les conduit le signal.
Tandis que Wrench et Maya vont faire un tour à l’arrière du restaurant, Luis entre dans l’établissement.
A l’intérieur, un barman grisonnant, de mauvais poil. Un Valentino couvert de tatouages. Un corpo en costume, seul à sa table.
S’installant au comptoir, Luis commande à boire, un café artificiel au goût d’eaux usées.
Il trouve la caméra dans l’angle supérieur de la vitrine, qu’il pirate.
Les images sont granuleuses, rien n’a été enregistré. Perte de temps.
Il se tourne vers le barman, qui lui apporte son café.
« Vous n’avez pas eu un type avec des cheveux rouge et bleu qui serait venu par ici récemment ? »
Le barman se tend, ronchonne.
« Ouais… un gamin aux cheveux flashy. Il est passé. Pas longtemps.
Deux types en costard lui collaient au train. Armés. Tout est parti vite en vrille. Il s’est barré en piquant une bagnole, y’a eu deux morts…Un sacré bordel si vous me demandez.»
Luis tente d’en tirer plus, mais le barman se ferme.
« C’est tout ce que j’ai vu, je sais rien d’autre et…c’est pas mes oignons ».
Il porte alors son attention sur le Valentino.
Ayant été membre du gang autrefois, il tente la fraternisation avec un ancien membre de la « familia ».
« Ca fait plaisir de voir un hermano de la familia » commence Luis.
Le Valentino se retourne, lunettes de soleil sur le nez, mine contrite.
- Choomba ? Attends, ese, on se connait d’où? On est pas choom, pigé ?
- J’étais Valentino avant de devenir indépendant, on reste lié à la famille même quand on la quitte…
- Ah ouais ? Je pense pas moi. On est dans la famille jusqu’à la mort et on la quitte les pieds devants…ou comme toi, en se faisant dégager.
Luis se fige.
- T’es Luis Peralez toi. Je te reconnais bien. C’est toi qu’a causé ce massacre des NCPD, j’ai entendu l’histoire d’Eduardo Bernal. Une sacrée merde que t’as provoqué ce jour là, pas étonnant que t’aies été dégagé.
- Je n’ai pas été dégagé, je suis parti de mon propre gré.
- Ouais, ouais, moi ce que je sais de Luis Peralez c’est qu’il a singulièrement merdé et qu’il était pas digne de rester chez les Valentinos.
Un silence. Une colère brûlante est en train de s’emparer de lui.
Mais la mission avant tout.
- Bon, j’ai besoin d’informations. Ce type avec les cheveux bleu et rouge, qu’est ce que tu peux me dire de plus que ce que m’a dit le barman ?
- Ah tu me demandes ? Tu veux faire affaire c’est ça ? Et bien faisons affaire, ça se peut bien que j’ai vu des trucs mais la question est de savoir si t’as les moyens que je te donne ces informations. Pour un ancien Valentino par contre, pas de tarifs ami hein, tu dois comprendre.
Fernando ricane.
Luis ne bronche pas. Il se penche légèrement
- Tu vas me dire ce que tu sais maintenant.
Fernando s’esclaffe.
- Tu crois que tu peux me forcer Peralez ? Tu sais que t’as l’air d’un gonk, pas étonnant qu’on t’ait dégagé. Franchement me parler comme ça, je pense que t’as aucune idée de ce à qui tu as affaire.
Luis ne répond pas.
Fernando rit. Puis ses traits se durcissent. Il l’a senti. L’intrusion dans sa tête.
Luis sourit à son tour
« Maintenant, crame, pendejo. »
Fernando pousse un hurlement. Son visage rougit. De la fumée s’échappe de ses oreilles.
Les assiettes volent. Le barman s’accroupit sous le bar. Le corpo sort en courant.
Fernando recule, dégaine son arme
« Je te dirais rien salaud! »
Des coups de feu partent, mais son cortex surchauffe, les balles partent dans la vitrine, qui explose.
Luis dégaine son poignard. Il fond sur le Valentino.
Celui ci esquive le coup et tente de tirer, à bout portant. Mais ses yeux sont frappés d’un voile blanc, des arcs électriques dansent autour de son visage.
Le coup part. Trop haut.
Ils s’empoignent. Luis taillade son visage.
Fernando parvient à se dégager. Il prend la fuite.
Luis ne bouge pas. Il le tient déjà. Il frappe fort, trop fort. Il n’essaie même plus de doser.
Du feu sort des oreilles de Fernando. Il débouche sur la route.
Une voiture lancée à pleine vitesse le percute.
Son corps est projeté. Il percute les stands du marché improvisé sur le trottoir d’en face.
La connexion avec Fernando s’éteint soudainement.
Un silence bref, mais qui semble durer une éternité.
Puis les sirènes au loin.